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Plus de 10 ans après leur premier album « A suivre », l’emblématique groupe de rap orléanais, La Baraka, présente son nouveau projet autour du concept de la déviation. Explorant de nouvelles horizons plus littéraires entre pièce de théâtre, essai et musique, « Déviation » cherche une place à la convergence de toutes ses influences et formats. Rencontre avec un groupe qui a marqué le début des années 2000 et qui vogue toujours vers d’autres inconnues.

Hello La Baraka, peut-on déjà revenir sur vos débuts, votre parcours ?

Karim : Salut Orlinzoo, le groupe Baraka a été monté quand nous étions tous lycéens à Orléans La Source il y a douze ans. On a sorti notre premier album, « A suivre », en 1999 qui a rencontré un certain succès, surtout localement. C’était très rap français avec des gros beats, des samples de musiques classiques et des punchlines de l’époque eheh. Nous étions 8 dans le groupe et après le premier album, les personnalités artistiques de chacun se sont plus affirmées, développant des projets plus ou moins personnels entre maxis et mixtapes. En 2003, on a été sélectionné comme découverte du printemps de Bourges et c’est à ce moment là que le groupe s’est recentré, qu’on a vraiment réfléchi à la suite, notre deuxième album.

Corentin : On peut rajouter qu’on a eu la chance d’arriver juste après le premier groupe de rap fédérateur à Orléans, La Riposte, donc on a eu une bonne exposition à cette époque. On a beaucoup vendu localement grâce à ce tremplin. Ça nous a vraiment permis de tourner en France et à l’étranger.

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Et en 2010, Baraka, c’est qui ?

Karim : Sur ce projet, nous sommes quatre. On a commencé à réfléchir à ce concept en 2005-2006, juste après les dernières scènes en Allemagne.

Corentin : En fait, on a vraiment commencé la discussion autour de ce projet avec tout le monde, sauf peut être Deejekyll, notre DJ, qui était déjà plus ou moins aux USA. Mais tous les autres ont participé aux premières réunions de travail autour du projet. Et en fait, plus le projet se décalait, devenait un peu « déviant », pas uniquement rap mais vraiment plus transversal, plus il a été difficile de rassembler tout le monde derrière cette idée. Mais chacun a continué plus ou moins dans la musique, un des plus impliqués étant sûrement Landry (Freezer) qui a monté son groupe Stamina à Paris. C’est pour ça que finalement 5 ou 6 ans après le début de la création de l’album, nous nous retrouvons à quatre sur le projet.

Mais alors vous ne faites plus du rap ?

Karim : Si mais on s’en sert juste comme d’un moyen, une possibilité d’interprétation qui a ses avantages et ses inconvénients et à partir de ça, justement, on dévie, on cherche autre chose. Ce n’est plus uniquement rap, on a essayé d’être plus pertinent dans les interprétations, quitte à « déraper ».

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Revenons sur le concept de « Déviation »

Corentin : Après avoir discuté longtemps entre nous de la direction qu’on voulait prendre, de quel sujet on voulait aborder généralement, on s’est vite trouvé confronté au concept de la « Norme ». C’était le concept qui rassemblait le plus de choses dont on avait envie de parler. Et à partir de là, on a essayé de dévier les normes qu’on avait nous mêmes, y compris notre moyen d’expression.

Et donc toute cette réflexion vous a pris 6 ans ?

Karim : C’est pas aussi simple, il y a eu beaucoup de pistes, de projets différents avant de se fixer sur celui-là. Et il y a eu plusieurs versions de « Déviation » avant d’en arriver à ce produit fini. C’est vraiment un travail de longue haleine qui évoluait au fil du temps, comme nous et nos idées. Et puis, c’est vrai qu’on est maintenant trentenaire, on a des vies plus remplies donc les projets sont plus longs à aboutir.

Vous avez choisi un support multiformat. Comment le présenteriez-vous ?

Corentin : Le projet « Déviation » est textuel et musical, rédigé sous la forme d’une pièce de théatre dont le texte prend corps dans un livre et dont on propose une interprétation possible vocale et musicale. On présente notre interprétation du texte mais il pourrait y en avoir d’autres !

Karim : J’ajouterais que c’est donc un livre/cd qui s’interroge sur les normes et les différentes déviations de ces normes mais qui applique aussi ce concept au support de création. Comment accepter ses origines pour en dévier les supports et les formats.

Et vous avez donc des projets scéniques autour de « Déviation » ?

Karim : Oui, nous réfléchissons bien sûr à ça et il est sûrement possible qu’on propose une autre interprétation que celle proposée dans le livre/cd.

Corentin : Il y a plusieurs pistes. Faire jouer la pièce de théâtre par des comédiens, se placer juste comme auteur. Ou peut être pas eheh.

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Pouvez vous citer quelques références qui ont influencé votre écriture sur ce projet ?

Corentin : En fait, lors des premiers mois de réflexion autour du projet « Déviation », on a passé beaucoup de temps à s’échanger des livres ou des films, histoire de commencer l’écriture avec une base commune. On s’est créé notre matière première, une sorte de bibliothèque « Déviation ». Un des univers les plus présents est sûrement celui de la science fiction entre « 1984″ d’Orwell, « Le meilleur des mondes » d’Huxley et « Farenheit 451″ de Bradbury en gros. On peut aussi ajouter toute l’oeuvre de Philip K. Dick. Il y a eu aussi toute une partie moins naturelle pour nous, à savoir le penchant philosophique avec un auteur très important, Jean Baudrillard, dont l’oeuvre est un peu en filigrane dans tout notre projet surtout autour de son concept de simulation.

Karim : Oui, Baudrillard est vraiment l’influence principale. Il y a aussi Georges Pérec qui a influencé plusieurs morceaux. Après au niveau cinéma, on peut ajouter des références comme Tarkovski et Chris Marker et tous leurs travaux autour du temps et de la mémoire ainsi que le bédéiste Marc Antoine Mathieu pour son travail sur le rêve avec son personnage Julius Corentin Acquefacques.

Corentin : Ah et aussi, super important, « Le voyage au bout de la nuit » de Céline qui a complété tout ça.

Appréhendez-vous l’accueil de ce projet auprès de vos anciens « fans » ?

Karim : Oui et non, ça fait justement parti du concept de « Déviation ». C’est sûr qu’on prend un risque, ça peut dérouter une partie des gens qui avaient apprécié la Baraka il y a dix ans. Mais nous avons grandi et nous partons du principe que notre public aussi et nous sommes super curieux justement de la perception qu’auront les gens de notre nouvelle direction. Ca fait vraiment partie de notre démarche.

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Orléans, des points de repère ?

Corentin : Oui, il y a des lieux et des acteurs intéressants ici. La Librairie des Temps Modernes, le Cinéma des Carmes, la diversité que ça apporte. Il y a aussi Antoine Volodine qui habite à Orléans, grand auteur contemporain qui se rapproche de notre projet. Et il y en a plein d’autres !

Est-ce que vous suivez toujours la scène rap locale ?

Karim : Perso, je connais moins le rap maintenant. Mais Vincent est toujours actif sur ce plan et reste présent auprès de pas mal d’acteurs locaux. Après je ne peux pas donner d’avis, je pense justement que si on a été un groupe un peu important à Orléans, c’est peut être aux acteurs locaux actuels de nous le dire, de leur demander leur avis là-dessus.

Corentin : J’essaye de rester un peu au courant de ce qui se passe. Niveau local, j’ai un peu suivi les projets d’Iznogoud, Manigance, Konskouz et tout ce qu’a pu faire Nautilus Recordz aussi, Antipode, Dary & Heady en ce moment… C’est souvent des gens qu’on a croisés sur scène ou sur disque et justement on est vachement curieux de connaître leurs retours sur « Déviation », voir comment ils appréhendent ce projet.

Et La Baraka, toujours un groupe d’Orléans ?

Corentin : Perso, ça ne va pas durer, je pense bouger bientôt, j’ai fait un peu mon temps ici.

Karim : Je pense qu’on est justement très attiré par les voyages comme on en parle dans « Déviation » donc on est à Orléans maintenant mais on est un peu en transit.

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Pour plus d’infos sur le projet ainsi que les différents points de vente
>> www.projet-deviation.com

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